France-fantôme

« Merci d’éteindre vos téléphones, vos démémoriels portatifs, et tout appareil qui pourrait gêner la formation.
Merci de ne pas décharger vos souvenirs durant la durée du cycle. » 


France-Fantôme – Tiphaine Raffier – Création vidéo Pierre MARTIN

Spectacle en tournée Saisons 22/23 et 23/24

Durée 2h35

© Simon Gosselin

Jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour accéder au plus vieux rêve de l’Humanité : devenir immortel ?
Dans le monde de France-fantôme, la résurrection est un service marchand, au marketing soigné et aux publicités alléchantes. Pour rappeler son mari décédé, Véronique fait appel aux services de Recall Them Corp, entreprise spécialisée dans la conservation des âmes et leur téléchargement dans le corps d’un donneur.


Note d’intention

L’acte fondateur de ce monde est l’invention du Démémoriel. Cette technologie révolutionnaire permet de décharger ses souvenirs quotidiennement – condition sine qua non pour s’assurer un retour réussi parmi les vivants. Produit made in France, le Démémoriel est basé sur un système libéral qui rémunère chaque souvenir déchargé. Pour garantir l’équilibre de la nation, la représentation du visage humain a été bannie. Pour des raisons évidentes d’attachement – souvenir de l’être aimé, entre autres – le fait de filmer, de photographier ou de peindre les visages n’est plus pratiqué. Le monde de France-fantôme a fondé une nouvelle ère culturelle, un iconoclasme du futur : La Neuvième Révolution Scopique.

J’aimerais parler des discours. De la manière dont chaque organe de la société – l’Etat, le marché, le monde intellectuel ou les institutions religieuses – s’empare des nouvelles règles d’un monde pour mieux assoir leur pouvoir. Comment la séduction de ces discours opère t-elle ? Quels sont les espaces de révolte possible dans cette dystopie ?

J’aimerais aussi parler des corps. Qu’est-ce que le mystère de l’incarnation ? Qu’est- ce que vivre dans un corps qu’on n’a pas choisi ? Mais France-fantôme peut également être lu comme une parabole de la mutation numérique de notre monde. Fulgurante, attrayante mais aussi opaque. Je voudrais traiter des algorithmes et des data de la même manière que les poètes gothiques (premiers auteurs de science-fiction) avaient parlé de l’invention de l’électricité, des orages et des catastrophes naturelles. Par le sublime. Le sublime est à la fois effroi et fascination face à une force ingérable, une force qui nous dépasse.

France-fantôme est une histoire d’amour et de propagande. C’est aussi la quête impossible d’une femme. Véronique recherche l’image manquante de sa vie comme certains recherchent le visage d’un Dieu. Avec ce spectacle, je tente de comprendre, naïvement, sensiblement ce que chaque face humaine contient de singulier, d’humble, d’universel et de sacré. La « seigneurie des visages » comme dirait Lévinas. Si l’amour est la religion de notre époque, alors la nostalgie sera la religion du futur. J’ai écrit France-fantôme comme le miroir déformant de ma vie. Et aussi comme le négatif du monde. Un négatif est l’embryon d’une photographie, son envers ; ses couleurs sont inexactes et pourtant, on en reconnait précisément chaque forme.

Distribution

Texte et mise en scène Tiphaine Raffier

Avec Guillaume Bachelé, François Godart, Mexianu Medenou, Edith Mérieau, Rodolphe Poulain, Haïni Wang, Johann Weber
Et les musiciens Marie Eberle et Pierre Marescaux

Assistanat à la mise en scène Lyly Chartiez-Mignauw et Lucas Samain
Scénographie Hélène Jourdan
Costumes Caroline Tavernier
Création lumière Mathilde Chamoux
Régie lumière Benjamin Trottier
Musique Guillaume Bachelé
Création son Frédéric Peugeot
Régie son Hugo Hamman et Martin Hennart
Création vidéo Pierre Martin Oriol
Régie vidéo Pierre Hubert
Régisseur général Olivier Floury
Régisseuse plateau Laura Millard

Production La femme coupée en deux / Théâtre du Nord, CDN Lille, Tourcoing, Hauts-de-France
Coproduction Scène nationale 61, Alençon / Le Phénix, Scène nationale de Valenciennes / La Criée, Théâtre National de Marseille / La rose des vents, Scène nationale Lille Métropole, Villeneuve d’Ascq / Le Théâtre de Lorient, Centre Dramatique National.

Avec le soutien du ministère de la Culture et de la Communication – DRAC Hauts-de-France, du DICREAM, du Dispositif d’insertion de l’École du Nord et de l’Onde – Vélizy-Villacoublay.

L’écriture du texte a été initiée à l’occasion du stage AFDAS « Créer en collectif » qui a eu lieu à La Comédie de Béthune en juin 2015, avec le Collectif SVPLMC.
Une première version a été présentée en lecture dans le cadre du festival du Jamais lu à Théâtre Ouvert – Paris – en octobre 2015 et au Théâtre Aux Ecuries – Montréal – en mai 2016, avec le soutien du CNT et du CALQ.

*La compagnie La femme coupée en deux bénéficie du soutien du ministère de la Culture / Direction régionale des affaires culturelles Hauts-de-France, au titre de l’aide aux compagnies conventionnées et est soutenue par la Région Hauts-de-France.

Extrait

Véronique : Depuis ta disparition, l’eau est présente dans tous mes rêves. L’image d’une boîte fixée solidement au fond de la mer revient sans cesse. Je vois une boîte, qui contient une autre boîte, qui contient une autre boîte. C’est aussi un champ immobile de boîtes. Elles sont comme des gardiennes autour desquelles dansent des sédiments, des organismes unicellulaires, et des algues. Maintenant, quand je pense à toi, Sam, je pense à ces boîtes, je pense à ces eaux troubles, et je sais que tout ce que nous avons vécu est là, encodé, sous les eaux glaciales.